Marcel Favre
Ecomusee
imprimerie des arts
Charles Pezzotti
bandeau
site spip contacts news statuts travaux photos inventaire archives sonores liens plan membres espace prive spip

Accueil du site > 9.1. LA SOCIETE LITTERAIRE s’installe à Saint-Gervais > La Société Littéraire à Saint-Gervais

LA SOCIETE LITTERAIRE S’INSTALLE A LA RUE DES CORPS-SAINTS

La Société Littéraire à Saint-Gervais

jeudi 15 décembre 2005, par Victor Salamin

L’Auberge de la Mère Royaume va abriter les salons de la Société Littéraire. La Société Littéraire, fondée en 1816, s’inscrit dans la longue tradition des cercles genevois qui ont fleurit au XVIIIe siècle. Ces cercles, qui existaient dans maintes autres villes d’Europe, s’inspiraient des clubs à l’anglaise. La Société Littéraire, avec ses 190 ans d’histoire , avec ses personnalités éminentes, fait partie du patrimoine social et historique de notre canton.

LES CERCLES : TRADITION GENEVOISE

Rousseau puis Stendhal contribuèrent beaucoup à répandre cette image selon laquelle, à Genève, « tous les hommes font partie d’un cercle ». Dans ces cercles, on se retrouvait sur la base d’affinités communes dans des salons où l’on pouvait discuter d’intérêts politiques ou professionnels, lire, se restaurer et surtout jouer et se délasser. Sortes de clubs privés, l’on y entrait sur présentation d’un ou deux membres. L’admission se faisait par vote. Ces cercles constituaient en quelque sorte des îlots sociaux, avec leurs propres structures, échappant à la surveillance publique.

Deux de ces très anciens cercles - on les appelait çarcles, ont subsisté jusqu’à nos jours : le cercle des grenadiers devenu Cercle des Vieux-Grenadiers (1749), et l’aristocratique Cercle de la Rive, aujourd’hui Cercle de la Terrasse (1754).

LES CERCLES ENTRENT DANS LA TOURMENTE REVOLUTIONNAIRE

Ces cercles, nombreux à Genève, vont prendre une part très active dans les troubles qui agitèrent le XVIIIe siècle genevois. Les affrontements politiques des Représentants (bourgeoisie d’opposition) avec le pouvoir détenu par quelques familles aristocratiques conservatrices, les revendications (chaque fois repoussées) des "Natifs" et « Habitants » tenus à l’écart des droits civiques et économiques, vont faire basculer un régime solidement mis en place depuis la Réforme. Les cercles, nous allons le voir vont jouer un rôle déterminant lors des affrontements révolutionnaires. Plusieurs membres de cette opposition bourgeoise déçue et ne réussissant pas à se faire entendre s’exileront volontairement ou seront bannis (voir notre article : Voltaire au secours des cabinotiers) On retrouvera plusieurs descendants de ces familles exilées parmi les premiers membres de la future Société Littéraire.

De 1770 à 1790, période de graves troubles politiques, les cercles jouent parti contre parti dans une situation à demi-révolutionnaire. Le gouvernement aristocratique a de plus en plus de peine à se faire entendre. Les cercles de l’opposition (Représentants et Natifs), parfois engagés violemment, gagnent la rue alors que les cercles liés au pouvoir, tel le Cercle de Boisy (actuel Cercle de la Terrasse), se relayent pour assurer l’ordre et appuyer le gouvernement.

La révolution qui gronde en France gagne Genève. Le 28 septembre 1792, l’opposition entre dans la mouvance révolutionnaire et renverse les anciennes autorités. C’est la Révolution genevoise. Les tribunaux révolutionnaires se mettent en place. Les membres de certains cercles, tel le Cercle de Boisy, paient un lourd tribut. Une nouvelle constitution démocratique est votée, accordant la citoyenneté à tous.

Mais la révolution française déborde les frontières et Genève est contrainte de se réunir à la France. Pendant 14 ans, Genève vivra sous occupation française (1798 - 1813).

Finie l’indépendance si chère aux Genevois. Paris va mettre la ville sous surveillance étroite. Les soupçons de l’occupant se portent sur les cercles encore existants dont on exige l’inventaire et qui font montre d’allégeance pour subsister.

Si les anciens cercles sont suspectés et supprimés par "ordre", d’autres changent de nom, histoire de se camoufler…

LA RESTAURATION GENEVOISE : RETOUR AU POUVOIR DE LA BOURGEOISIE

En 1813, Bonaparte recule sur tous les fronts. En secret, à Genève, les membres des cercles aristocratiques sentent le moment propice pour prendre les choses en mains. Anciens magistrats, ex-syndics et aristocrates ébauchent clandestinement un gouvernement provisoire et prennent le risque, après avoir obtenu en douceur le départ de l’occupant français, de proclamer ouvertement l’indépendance de la République le 31 décembre 1813.

C’est la Restauration genevoise, un retour à l’Ancien Régime, période de tranquillité retrouvée, avec au pouvoir un Conseil d’Etat aristocratique et fort. L’année suivante (1814), Genève est acceptée dans la Confédération, rompant son isolement dans la nouvelle Europe qui s’organise et s’assurant de nouvelles frontières protégées.

C’est dans une situation de calme revenu, de pacification sociale que la plupart des cercles existants vont reprendre une tranquille activité. Fini les débats politiques ou religieux. On peut à nouveau, dans les cercles, s’y divertir, jouer, lire, se retrouver entre gens de même compagnie.

C’est dans ce climat que se crée la Société Littéraire en 1816.

On partait du constat qu’il n’y avait parmi les cercles existants pas un seul qui fût consacré à la littérature dans une ville qui avait manifesté presque toujours un goût très vif pour les belles-lettres. Pour preuve, les importantes éditions datées de Genève au XVIe siècle et au XVIIe siècle, puis l’arrivée d’un Voltaire et la formation d’un Rousseau au XVIIIe siècle. Puis Genève ne connaissait guère les conférences publiques, les récitals ou auditions. Les talents pourtant ne manquaient pas. La Société Littéraire voulut combler ce vide.

LES DEBUTS DE LA SOCIETE LITTERAIRE

C’est le docteur Louis Jurine (1751 - 1819), scientifique de renom et professeur de zoologie à l’Académie qui prit l’initiative de réunir chez lui une quarantaine de professeurs, de docteurs en médecine, de chirurgiens, de juristes, de littérateurs, de négociants ou de simples rentiers pour discuter de l’éventuelle fondation d’une société.

On voulait surtout éviter les débats politiques, les réunions savantes, les discussions d’affaire ou de commerce.

« C’est principalement de notre agrément que nous voulons nous occuper ; c’est une société d’hommes paisibles, doux, éclairés [souligné] que nous désirons former, dans laquelle chacun des membres puisse y trouver (comme l’on dit) à qui parler ; que l’érudit, le savant, puisse être apprécié, entendu, écouté, avec cette attention et ces égards que lui méritent ses travaux, et sa complaisance à en communiquer les fruits ; que le jeune homme modeste et avide d’instruction puisse, sans crainte d’être indiscret, questionner et apprendre ; que l’artisan, le négociant, trouvent aussi des renseignements et des avis utiles ; enfin que tous les membres de cette société, sans distinction d’âge, d’état ou de fortune, puissent trouver dans son organisation, des aliments à ses goûts et aux divers genres de distraction ou de délassement qui lui seront agréables" (M. Deonna, membre fondateur).

Solennellement fondée le 6 juin 1816, la Société Littéraire se dote la même année de statuts.

Les statuts de 1816

Ces statuts (avec les ajouts postérieurs ) nous permettent de comprendre le fonctionnement et l’esprit du cercle :

"La Société Littéraire est une réunion d’hommes paisibles et tolérants. Son but essentiel est de jouir des agréments que peuvent procurer des rapports habituels et journaliers, et des moyens d’instruction [et de distraction (1836)] puisés 1° Dans la lecture des meilleurs ouvrages de littérature, tant anciens que modernes. 2° Dans celle des journaux, et des ouvrages périodiques les plus accrédités dans les arts, les sciences et les lettres. 3° Dans les séances littéraires [et musicales (1836)]" (article premier).

A propos des " séances littéraires", les statuts précisent que « La Société sera réunie en Athénée une fois par mois ou environ. Dans cette séance, chaque membre est admis à lire ou réciter quelque morceau relatif aux arts, aux sciences, ou aux lettres, soit de sa composition, soit simplement extrait ou traduit d’une langue morte ou vivante" (article 35).

A partir de 1841 on parlera de "séances littéraires et musicales". Les exposés ou poèmes sur les sujets les plus divers (des invités pouvaient aussi se produire), les parties musicales ou chantées attirèrent un public nombreux. Les dames pouvaient y assister sur invitation.

L’admission dans la Société se faisait par parrainage, moyennant une « mise d’entrée », une contribution annuelle et un don de livres « de la valeur de vingt francs au moins pour la bibliothèque ».

Le règlement de police précisera également les heures d’ouverture du local : « tous les jours, dès le matin, et jusqu’à 11 heures du soir au plus tard... » Quant au local lui-même, il comprendra « une grande salle pour la conversation et les assemblées, une salle pour la bibliothèque et la lecture (où doit régner le plus entier silence), une salle de billard, et une salle, séparée des autres, spécialement destinée aux fumeurs et où il y aura aussi un billard ».

Les jeux, billard et cartes étaient payants et contribuaient aux finances de la Société. Outre la bibliothèque, de nombreuses revues et journaux étaient également mis à disposition.

La première période de la Société Littéraire fut pleine d’enthousiasme. Une centaine de personnes se pressaient dans les salons. Les séances, littéraires mensuelles, les "Athénéennes » comme on les appelait, eurent un tel succès qu’il fallut restreindre le nombre d’invitations. Elles étaient souvent suivies d’une collation. A cette activité littéraire s’ajoutaient des activités plus mondaines : dîners mixtes, soirées dansantes, un grand bal annuel, « le plus attendu et le plus élégant de toute la ville".

La plupart des invités de marque à Genève, écrivains comme Stendhal, princes ou altesses, tiendront à assister au moins une fois à ces réunions littéraires. La Société compta très vite une centaine de membres. Profondément genevoise et patriotique, la Société Littéraire avait habitude de célébrer l’Escalade par un banquet annuel traditionnel accompagné de lectures de textes commémoratifs.

Des membres influents

Les membres fondateurs de la Société Littéraire faisaient partie de l’élite intellectuelle de la Cité. Beaucoup venaient des professions libérales et de la nouvelle bourgeoisie issue de la Restauration. Outre scientifiques, professeurs, médecins, banquiers, pasteurs, négociants aisés, rentiers, on comptait aussi plusieurs membres du nouveau Conseil Représentatif, d’anciens sympathisants révolutionnaires (certains même avaient siégé dans les tribunaux révolutionnaires). . Ainsi J.-F. Chaponnière (1769 - 1856) qui succéda à Louis Jurine, et fut de longues années président de la Société. Né à Genève, il fut élevé à Constance, son père ayant fui les troubles politiques de 1782 (entre les Représentants bourgeois désavoués et le gouvernement en appelant à la France). J.-F. Chaponnière revint à Genève en 1789, prit part au mouvement révolutionnaire, siégea au tribunal révolutionnaire et s’opposa à l’annexion à la France. Après la Restauration, date de la fondation de la Société Littéraire, il abandonna les affaires politiques et devint un des fondateurs du Journal de Genève (1826), journal créé sur l’initiative de James Fazy.

Jean-Lazare Delaplanche (1765 - 1842) fut ancien ministre de la République de Genève à Paris.

Autre membre fondateur : Isaac Bourdillon (1758 - 1820), adepte enthousiaste des idées révolutionnaires. Il fut le président de la Commission révolutionnaire et du second tribunal révolutionnaire en 1794 et s’efforça par la suite de justifier sa conduite durant les événements tragiques de la révolution genevoise.

Alexandre Couronne , membre du gouvernement provisoire de 1814, deviendra quelques années plus tard membre de la Société.

Comme on le voit, certains des membres fondateurs provenaient de familles bourgeoises et aisées et restaient très attachés aux valeurs démocratiques et républicaines.

DE LA DOUANE DU MOLARD A LA CORRATERIE

- 

Le Molard 1816 - 1831

Le premier local de la Société Littéraire se situa au Molard, au premier étage de l’ancienne Douane française (au bord du lac) alors que le Molard était encore un port. La bâtisse fut démolie en 1833 lors des grands travaux entrepris de 1820 à 1835 pour gagner sur le lac afin d’y établir de grands quais.

- 

La Rue du Rhône 1831 - 1876

En 1831 la Société Littéraire, contrainte à déménager, trouva de nouveaux locaux à quelques centaines de mètres de là. Les frais d’installation, le loyer, les transformations nécessaires pour pallier la vétusté des lieux engagèrent des sommes considérables que l’on finança en partie par un grand bal. En 1827, la bibliothèque renfermait déjà 2654 volumes.

Dans les locaux on y jouait, causait mais il était interdit de fumer. Cette interdiction donna lieu dès le début à des plaintes et des contestations. Les débats passionnés sur ce sujet faillirent amener la dissolution de la Société. En janvier 1839, le Comité convoqua une Assemblée générale extraordinaire où cette "grave question de la fumerie" serait seule discutée et définitivement tranchée. On trouva de justesse la solution en réservant une salle indépendante pour les fumeurs. Ces mesures furent atténuées quelques années plus tard.

En 1846, (année de la révolution radicale), une cinquantaine de membres du Cercle du Commerce près de se dissoudre suite à des dissensions internes demandèrent leur admission dans la Société Littéraire et 25 d’entre eux furent reçus. Dans cette année tourmentée de 1846, le Comité organisa une collecte pour secourir les blessés.

En 1848 une trentaine de journaux et revues de divers horizons étaient recensés. On y trouvait les principales gazettes de France et de Suisse romande ainsi que les rares revues à paraître. Les lecteurs, nombreux, devaient s’inscrire au préalable. De nouveaux membres venus du Cercle des Mignons furent également admis en 1859. Mais l’on craignit un trop fort accroissement et l’on limita le nombre d’adhérents à 180.

La Société Littéraire resta dans la rue du Rhône durant quarante quatre ans. A son activité littéraire s’ajoutèrent dîners mixtes, soirées dansantes, un bal annuel réputé ainsi qu’un arbre de Noël pour les enfants. Des "bals d’enfants" ou "bals de la Littéraire" avaient lieu chaque hiver pour les jeunes.

En 1865, les soirées littéraires qui avaient lieu surtout l’hiver avaient pratiquement disparu. Bibliothèque, jeux divers (cartes et billards), salle de rencontre et de lecture étaient devenus l’activité principale de la Littéraire.

- 

Les salons de la Corraterie 1876 - 2006

En 1876, le local de la rue du Rhône, situé au deuxième étage, trop exigu, difficile à chauffer, et suite également aux relations tendues avec les locataires voisins, on se mit en quête d’un autre endroit. Il fut question de construire en l’Ile (à l’emplacement de l’actuelle maison Vacheron), mais les enchères montèrent si haut... On se reporta sur l’immeuble appartenant à Théodore de Saussure, (qui deviendra par la suite membre de la Société), à la Corraterie, face au Musée Rath. L’immeuble, reconstruit quelques années auparavant, fut doté au premier étage d’un salon aux magnifiques boiseries, de plusieurs chambres avec véranda et terrasse.

Les frais de reprise, le loyer et les transformations nécessaires mirent la Société en difficulté interne, de sorte qu’il fallut liquider la dette entre les membres ce qui finalement se fit en 1896.

En 1916, cent ans après, la bibliothèque renfermait environ 8000 volumes, "sorte de cabinet de lecture circulante", constamment enrichie par des dons et des legs.

Comme toute société humaine, la Société Littéraire subit la morsure du temps. Elle n’était plus tout à fait ce qu’elle avait été dans ses débuts. En cent ans, reconnaît en 1916 le président en exercice, la Société Littéraire a fortement évolué :

"Elle ne mérite même presque plus son ancien et glorieux nom de Littéraire, les soirées "athénéennes" du début de son existence, ont changé, peu à peu, de nature, et sont devenues des "soirées de dames", c’est-à-dire, des soirées élégantes et mondaines, où des artistes ou des amateurs étrangers sont chargés d’amuser ou de distraire un auditoire de dames, souvent un peu distraites, attendant avec impatience la seconde partie. En effet, souvent la partie littéraire et musicale est suivie d’une seconde partie dite "dansante". Par un phénomène facile à comprendre, l’accessoire est devenu le principal, et les soirées littéraires se sont modifiées par la force des choses, en soirées dansantes, très courues et très brillantes." (L.-J. Thévenaz)

La Société continua d’ouvrir ses portes aux étrangers de passage à Genève, partageant ses « goûts simples et bourgeois ». En 1914, sur 125 membres actifs, 20 étaient étrangers et provenaient de quatorze nationalités différentes. Chaque année on continuait de fêter l’Escalade par un banquet réunissant les membres.

Un événement vint perturber l’atmosphère paisible de la Société Littéraire : la déconfiture de la Banque de Genève en 1931qui suscita discussions, controverses et dissensions en son sein. Plusieurs administrateurs de cette banque étaient en effet membres de la Société Littéraire.

LA SOCIETE LITTERAIRE AUJOURD’HUI

Les activités littéraires, concurrencées par les multiples manifestations similaires dans la ville, ont cédé le pas, et c’est finalement le bridge qui l’a emporté. La Société Littéraire se veut toujours « un cercle d’hommes heureux de se retrouver régulièrement, soit à la table de bridge, soit à celle de la salle à manger où l’excellence de la chère est depuis longtemps reconnue ».

La bibliothèque a un peu perdu de son importance. Les besoins ont changé. Mais, depuis quelques années, la Société Littéraire entend renverser la vapeur et renouer avec son passé et ses activités littéraires.

Depuis 1998, la Société Littéraire s’est fait connaître du grand public par l’attribution d’un prix littéraire annuel qui récompense un roman, au sens large du terme, des nouvelles, un récit ou un ouvrage historique d’un auteur vivant, originaire ou habitant la Suisse. Catherine Fuchs, Jacques-Etienne Bovard, Jean-Marc Pasquet, Serge Bimpage, Anne Thurler, Selajdin Doli , et en 2005, Daniel de Roulet, ont été récompensés.

La Société (qui ne compte que des hommes) est forte d’environ 180 membres.

L’AUBERGE DE LA MERE ROYAUME, NOUVEAU CADRE POUR LA SOCIETE LITTERAIRE

La Société Littéraire - ou la Littéraire comme on l’appelle parfois, pressée de quitter ses anciens locaux, va pouvoir s’installer à la Rue des Corps-Saints dans l’auberge mise à sa disposition par la Ville de Genève. Ce sreas chose faite dès le 1er juin 2006. Elle se trouvera ainsi dans l’une des plus anciennes rues de Saint-Gervais, quartier des anciens cabinotiers, regroupés souvent en cercles et nourris de bonne littérature. Rousseau, plein d’admiration, nous parle de ces ateliers comme de véritables cabinets littéraires.

Parlant de son père, Isaac Rousseau, horloger à Saint-Gervais, et de sa passion pour la lecture, Rousseau écrit :

" Je le vois encore vivant du travail de ses mains, et nourrissant son âme des vérités les plus sublimes. Je vois Tacite, Plutarque, et Grotius, mêlés devant lui avec les instruments de son métier". Dans les cabinets horlogers de Saint-Gervais, on se passionnait en effet pour les philosophes, les historiens, les écrits politiques.

"Un horloger qui a le moindre petit talent pour écrire [...] le cultive avec soin, et le soir, lorsque sa boutique est fermée, court écrire des articles qu’il vend aux journaux, ou des contes pour les jeunes filles, ou une explication de l’économie politique, la science genevoise par excellence, ou une traduction de Ricardo, ou un commentaire sur Saint Mathieu pour tous les jours de l’année", observe Stendhal.

Dans les ateliers d’horlogerie, il arrivait qu’un apprenti ou une autre personne soit chargée, durant le travail, de faire la lecture aux ouvriers. Cette habitude cessera lorsque de nouvelles conditions de travail nécessiteront plus de régularité et plus de productivité.

La Société Littéraire, par son imposante et riche bibliothèque et par la reprise de ses séances littéraires, entend bien renouer avec sa tradition passée, au cœur d’un vieux quartier chargé d’histoire, au bas des anciens ateliers de ces horlogers dont on se plaisait à relever l’extraordinaire talent, la noblesse d’âme et la culture.

En quittant la Corraterie où elle est installée dans ses meubles depuis 130 ans, la Société Littéraire devra quitter, à regret, ses beaux salons aux magnifiques boiseries, et ses plafonds magnifiquement décorés, mais conservera l’amitié chaleureuse de ses membres réunis régulièrement autour d’un généreux repas. La salle à manger a conservé une importance primordiale à la Société Littéraire : à la fois moment de détente, de rencontre, de bonne gastronomie et de lien fort entre les membres.

Aussi l’Auberge de la Mère Royaume, par sa superficie, permettra de réserver un espace pour les salons, cafés littéraires, salle à manger réservée aux membres de la Société ou mise à disposition à des tiers sur demande, et un autre espace qui fera office de brasserie ouverte au public.

L’ Auberge de la Mère Royaume, lieu convivial et à l’enseigne historique, ne pouvait que convenir à la Littéraire qui a depuis longtemps l’habitude de commémorer la fête de l’Escalade au cours d’un grand repas traditionnel avec marmite, discours de circonstance, et invité d’honneur de la République. C’est également devant l’Auberge de la Mère Royaume que défilent en grand apparat chaque année autorités et participants commémorant les événements de l’Escalade de 1602.

La Société Littéraire ne se veut pas une organisation élitiste. Tout en gardant sa spécificité propre, la distinction de ses membres, et son aspect bien genevois, elle veut saisir l’occasion de davantage s’ouvrir au public.

......

- 

Source :

- Notice historique sur la Société Littéraire, Genève 1916

P.-S.

Nos remerciements à la Société Littéraire pour son chaleureux accueil dans les salons de la Corraterie.

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette