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Accueil du site > 9. SAINT-GERVAIS ET L’ESCALADE > L’auberge de la Mère Royaume

L’auberge de la Mère Royaume reprend du galon en accueillant dans ses cuisines la Société Littéraire

L’auberge de la Mère Royaume

mercredi 16 novembre 2005, par Victor Salamin

L’auberge de la Mère Royaume, véritable institution genevoise, trouve de nouvelles lettres de noblesse en offrant ses locaux à la vénérable Société Littéraire.

L’actuelle auberge de la Mère Royaume succède probablement à l’un de ces anciens cafés que comptait la rue des Corps-Saints, puisque l’on en dénombrait pas moins de 7 au milieu du XIXe siècle.

Du Café du Grütli à l’auberge de la Mère Royaume

Entre 1913 et 1924, relève Corinne Walker dans une page de son ouvrage sur la Mère Royaume, le café sis à l’emplacement de l’actuelle auberge s’appelait Café du Grütli et abritait la société patriotique du même nom.

Cette enseigne prendra ensuite le nom de Taverne de Saint-Gervais pour devenir, en 1942, l’auberge de la Mère Royaume. La propriétaire, Marie Nicole fit décorer la grande salle boisée dans un style "vieux genevois".

Mais le bâtiment au bas duquel se trouvait l’auberge faisait alors partie de la triple rangée d’immeubles constituant la butte des Terreaux et que l’on envisageait d’aplanir pour ouvrir une voie large de dégagement en direction de Cornavin.

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Dès 1920, la municipalité avait commencé à acheter les diverses parcelles. Entre 1952 et 1956 on commença la démolition de tout le mas de maisons d’aspect médiéval des anciens Terreaux-du-Temple, c’est-à- dire toute la partie nord de la rue des Corps-Saints et de la rue de Cornavin.

L’architecte Marc-Joseph Saugey, projetait de réaliser sur toute la surface démolie un immeuble moderne de verre et de béton. Ce qui provoqua de vives réactions. Il réalisa toutefois son projet sur la partie rue de Cornavin, en édifiant le long immeuble "Terreaux-Cornavin" (1952 - 1954).

Devant les réactions des citoyens, les autorités municipales confièrent aux architectes J.-P. Ador et Louis Payot la tâche de trouver un compromis pour la partie concernant la rue des Corps-Saints. Le projet s’efforça de s’accorder avec l’esprit du quartier. On tenta de respecter le style et la hauteur des maisons voisines et d’harmoniser l’ensemble avec la proximité du Temple. On reconstitua l’architecture sous toit des anciens ateliers de cabinotiers. Il en résulta des immeubles quelque peu hybrides et sans grand caractère.

L’auberge résiste aux démolitions

Lors des démolitions, on réussit toutefois (grâce à la pression des habitants) à épargner l’auberge de la Mère Royaume au-dessus de laquelle on se contenta de rebâtir. On lui conserva sa haute devanture boisée et asymétrique. L’on commanda à Jacques Wasem, maître-verrier reconnu, le vitrail monumental donnant sur la rue des Corps-Saints, représentant la Mère Royaume déversant sa marmite.

L’auberge de la Mère Royaume était renommée pour sa cuisine traditionnelle et régionale. Elle manifestait dans un quartier entièrement reconstruit le souvenir délibérément maintenu d’un passé qu’on ne voulait oublier.

Sans doute, la mère Royaume n’eut jamais ses fourneaux à Saint-Gervais, mais qu’importait. Le caractère décidé, frondeur et fonceur des habitants de l’ancien Faubourg pouvait se reconnaître dans le geste de l’illustre héroïne.

A l’enseigne d’une icône patriotique

L’enseigne de la Mère Royaume rappelle donc cette figure emblématique de la mémoire genevoise, qui, lors de l’Escalade, tua un ennemi en jetant de sa fenêtre un chaudron de fer. Ce geste de la mère Royaume, brièvement signalé par les chroniques de l’époque, fut par la suite repris et amplifié au point de symboliser à lui seul les événements de décembre 1602.

Le pot, devenu ensuite marmite emplie de légumes imaginés, constituera l’ icône centrale de la commémoration de l’Escalade. De la marmite héroïque à l’auberge sérieuse et traditionnelle, le chemin n’est pas loin... même s’il y a distance entre la demeure historique de la mère Royaume et l’auberge sise à Saint-Gervais.

Notons que le lien de Saint-Gervais avec l’Escalade se retrouve à deux pas de là : une dalle de pierre contre le mur de la chapelle de l’Escalade rappelle le nom des victimes genevoises inhumées dans l’église. Une commémoration officielle s’y déroule d’ailleurs chaque année.

Une cuisine... littéraire

Ces derniers temps, l’auberge de la Mère Royaume resta fermée suite à des difficultés. Ce supplément d’âme (et une bonne marmite) manquait à la rue des Corps-Saints. C’est chose faite aujourd’hui puisque l’auberge de la Mère Royaume va reprendre du service par l’intermédiaire de la Société Littéraire qui va investir ses locaux.

Très attachée par son histoire au patrimoine genevois, la Société Littéraire est tout à fait habilitée à faire revivre cette enseigne traditionnelle, réservant un espace à la brasserie publique, et d’autres salles à l’usage de ses membres ou à l’intention de manifestations culturelles ou littéraires.

Ainsi, de la Société du Grütli à la Société Littéraire (dont l’origine remonte à 1816) se perpétue à Saint-Gervais l’esprit de ces cercles qui ont si fortement marqué Genève par le passé.

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Bibliographie

Pour comprendre l’évolution de la mémoire collective genevoise centrée autour du personnage de Catherine Cheynel, dite mère Royaume, épouse du graveur de monnaie Pierre Royaume, consulter l’ouvrage iconographique de :

Corinne Walker, Mère Royaume, Figures d’une héroïne, XVIIe - XXIe siècle, Georg 2002.


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