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Charles Pezzotti
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Le livre somptueux ( R. Hildebrand)

jeudi 20 octobre 2005

"Le talent des écrivains de langue française stimule cet imprimeur, tel un compliment adressé à la corporation des maîtres-imprimeurs toute entière."

MARCEL-AMI FAVRE

LE LIVRE SOMPTUEUX

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Pour beaucoup de personnes, la rue des Corps-Saints à Genève porte le nom protégé de rue des Artisans. En effet, l’on y rencontre plusieurs artisans réputés : un luthier construit des violons, réels chefs-d’oeuvre pour les musiciens de demain ; une bijoutière-orfèvre dessine admirablement , un horloger répare montres et pendules anciennes et un imprimeur-typographe, probablement le dernier, crée, à tirage limité, des livres rares pour les grands collectionneurs.

"Rien n’est impossible"

Attiré par la photographie dès l’adolescence, Marcel -Ami Favre trouve, grâce aux conseils avisés de son père, une place d’apprentissage dans une petite entreprise spécialisée, l’Imprimerie des Arts. Ainsi pourrait-on résumer le début de la fabuleuse existence de cet artisan qui aime répéter : "Il n’y a rien d’impossible, il n’y a que des volontés plus ou moins énergiques."

Pendant quelques années, les obligations militaires (obusier de montagne) et l’économie d’après guerre empêchent Marcel-Ami Favre de poursuivre sa carrière dans le domaine de l’imprimé. Pourtant la tenacité habite cet homme qui ose rêver en se promenant au bord du Rhône. Le talent des écrivains de langue française le stimule tel un compliment adressé à la corporation des maîtres-imprimeurs toute entière.

Un esthète de la mise en page

Il y a quelques années alors qu’il écrivait une élogieuse préface à l’oeuvre artistique du peintre genevois Jean Roll, même Claude Deblüe a remanié son texte pour satisfaire aux exigences typographiques de Marcel-Ami Favre.

L’artisan travaillant dans plusieurs imprimeries de la place, semble ainsi se préparer sans hâte à exercer sa vocation d’imprimeur. Plein d’audace, il retourne alors travailler chez son ancien maître d’apprentissage et le convainc de s’installer dans le quartier de Saint-Gervais. Plus tard, il lui propose de racheter son imprimerie.

Un quartier pour la vocation artisanale

Voilà l’imprimeur typographe, installé dans une rue destinée à faire mieux comprendre l’histoire d’une corporation inventée par Gutenberg et associée aux initiatives typographiques les plus exceptionnelles. Par exemple, durant deux ans et demi, Marcel-Ami Favre consacre tout son temps à préparer quatre ouvrages d’art hors commerce, tirés à quatre cents exemplaires.

Pour respecter le travail que lui ont confiés ses fidèles clients, il se rend dans son atelier le samedi et le dimanche. Il y a quelques années, il édite à sept cents exemplaires, un ouvrage avec des bois gravés en sept couleurs de Robert Hainard. En 1985, il conçoit une sorte de boîte précieuse (50 x 35), un recueil de lithographies originales de Georges Borgeaud présentées par Maurice Zermatten.

L’imprimeur-typographe sait désormais mieux que personne quelle qualité de papier donne le plus de beauté à une photographie ou à une lithographie. La présentation est rarement oubliée grâce à un texte superbement imprimé.

"J’ai préparé pour un client, de la part de ses proches, un ouvrage en un seul exemplaire contenant les images des plus beaux émaux, ceci comme cadeau de Noël ! Vous savez le livre à quinze, quarante ou soixante exemplaires représente un travail si beau à mener de bout en bout, qu’il me remplit de bonne humeur, de santé et de satisfaction."

Il y a quelques années, des éditeurs français découvrent un livre de collection réalisé par Marcel-Ami Favre. Ils accourent à Saint-Gervais, ouvrent la porte de l’Imprimerie des Arts et, impatients, demandent à voir le personnel de cette imprimerie, où tous les livres sont entièrement réalisés à la main. Subjugués, il restent sans voix devant cet imprimeur exceptionnel et devant l’immense travail accompli. Ils comprennent qu’ils se trouvent en présence d’un des derniers professionnels de l’imprimerie artisanale. Les livres de cet artisan reflètent des siècles de l’histoire typographique comme ceux que nous pouvons contempler dans les musées les plus prestigieux.

Alors qui prendra l’heureuse initiative d’inaugurer un jour une exposition consacrée aux oeuvres de ce remarquable imprimeur de la rue des Artisans, qui porte actuellement le nom de rue des Corps-Saints ?


Rémy HILDEBRAND, Petite encyclopédie régionale de notre patrimoine artisanal, Tome II, Ed. Transversales, pp. 37 ss.