Marcel Favre
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La brisure

juin 2005

A chaque soir, à la même heure,

Il nous arrive un grand malheur

Faut cesser de courber l’échine.

Il faut poser le composteur,

S’arrêter d’être tous en sueur

Et stopper toutes les machines.

Alors, c’est le désœuvrement,

Que faire ? Où aller ? Et comment

Passer cette longue brisure ?

Et l’on s’en va, presque en pleurant,

Tenant nos tickets restaurant,

Errer une heure à l’aventure.

Pourtant, que la brisure est belle !

Comment peut-on s’imaginer,

Voyant cet envol d’hirondelles,

Qu’elle puisse être supprimée ?

Certains s’en vont, tels des forçats,

Boulets en main, traînant le pas,

A la corvée de jouer aux boules.

D’autres, l’âme désemparée,

Arpentent les Champs-Elysées,

Ou draguent pour chasser les poules.

D’aucuns, plus malheureux encor’,

Avec des cartes font le mort,

S’engueulant à la cantonade.

Et d’autr’s, il en est bien de trop,

Se morfondent dans les bistrots

A boire à en être malades.

Pourtant, que la brisure est belle !

Comment peut-on s’imaginer,

Voyant cet envol d’hirondelles,

Qu’elle puisse être supprimée ?

Pour conjurer ce triste sort,

Certains mangent des harengs saurs

Dans un minable réfectoire.

Parfois pour meubler ce temps-Ia,

On fait ce qu’on nomme un "A la" :

On se force à manger, à boire.

Enfin, on rentre à l’atelier :

C’est un vrai lâcher de ramiers

C’est une ruée sans pareille.

Et dans la ruche bourdonnante,

Avec une joie débordante,

Reviennent alors les abeilles.

Claude Debray