Marcel Favre
Ecomusee
imprimerie des arts
Charles Pezzotti
bandeau

Accueil > PERSONNALITES MARQUANTES > Max Dominicé > MAX DOMINICE (1901 - 1975), pasteur à Saint-Gervais

En 1959, il lança l’idée du futur Musée de la Réforme qui ouvre ses portes cette année

MAX DOMINICE (1901 - 1975), pasteur à Saint-Gervais

mercredi 16 mars 2005, par Victor Salamin

MAX DOMINICE fut pasteur à Saint-Gervais de 1936 à 1951. Figure éminente de l’Eglise protestante de Genève pour laquelle il n’a cessé d’oeuvrer sans relâche.

Max Dominicé, naît le 14 avril 1901 au 4 de la rue des Granges. Enfant tranquille, plutôt rêveur et "philosophe", il achève sa maturité classique au Collège de Calvin en 1919. Sa mère le verrait bien pasteur, mais il résiste. "Moins prêt que jamais à devenir pasteur, écrira-t-il, j’entrai à la Faculté des Sciences de notre Université, où je passai deux ans, non seulement à préparer et à passer une licence en sciences biologiques, mais aussi et surtout à envisager toutes sortes de fuites". Il mène alors une vie qu’il qualifie de "mondaine" .

Etudes de théologie à la Faculté libre de Lausanne (1921-1925), à Marbourg (1926) et à Munster (Alsace, 1926-1927). Pasteur de l’Eglise française d’Edimbourg (1927-1928)

Le déclic se fera en 1921 lors d’un camp d’étudiants chrétiens près de La Rochelle. Par un acte de "pure obéissance", écrira-t-il, il décide de s’engager entièrement et d’entrer en théologie "comme un catholique entre en religion". Il gagne la Faculté libre de Lausanne et y mène une vie ascétique en compagnie de quelques camarades au sein du "Phalanstère" qu’il vient de créer. Cet idéal de vie simple, communautaire et quasi monastique va le poursuivre plusieurs années. "Il est probable, dira-t-il, que si Taizé avait existé à l’époque j’y serais entré et y aurais prononcé mes voeux".

Mariage et ministère à Paris-Belleville (1928-1932)

Il hésite à propos du célibat, mais,"après des circonstances manifestement conduites par Dieu", il se marie en 1928. Avec son épouse qui le secondera dans son ministère, puis leurs quatre enfants, il mènera une vie de famille harmonieuse à laquelle il sera très attaché. Envoyé à Paris pour prendre en charge la paroisse populaire de Belleville, dans le 20ème arrondissement, il y accomplit un ministère social autant qu’évangélique par la création du "Bon Foyer" qui recueille les déshérités de la région.
Il regrettera de quitter Belleville, parce que là sans doute s’est joué quelque chose d’essentiel. Période de réflexion et de riches contacts intellectuels. Il participe au Club du Moulin Vert, première rencontre oecuménique en 1930 aux côtés de Maritain, Berdiaev, Pierre Maury, Alexandre Marc, Mounier et surtout Denis de Rougement dont il deviendra un ami très proche.

Retour à Genève : pasteur de l’Assemblée chrétienne évangélique de Genève (1932-1936)

Appelé à Genève, c’est avec déchirement qu’il quitte Belleville, mais, avoue-t-il, "pour ma mentalité de moine, l’argument : L’Eglise vous le demande - a été l’argument décisif". Argument fort qui soutiendra la suite de son ministère. Il devient donc pasteur du Victoria-Hall et rassemble régulièrement chez lui des étudiants en théologie, organise des rencontres. Il est secrétaire de plusieurs sociétés protestantes, devient membre du Comité des Jubilés de la Réforme en 1935, puis à l’occasion du Jubilé Calvin en 1936, publie un ouvrage remarqué : Calvin homme d’Eglise. Incité à poser sa candidature comme pasteur à Saint-Gervais, il est élu.

Pasteur à la paroisse de Saint-Gervais (1936-1959)

"Ce fut un bonheur immense pour moi d’entrer comme pasteur au service de notre Eglise, dans la plus genevoise de toutes nos paroisses, et de m’y voir accorder le quartier le plus populaire : celui des Grottes-Chantepoulet-Montbrillant, qui me rappelait Belleville...Il est certain que si je devais quitter Saint-Gervais ce serait un nouveau déchirement".

Au lendemain du Jubilé de 1936 naquit l’Union protestante et Max Dominicé songea dès lors à doter le protestantisme genevois d’un journal hebdomadaire rassemblant les diverses publications. Ainsi naquit La Vie Protestante en automne 1938. Max Dominicé va également occuper une place importante au sein du mouvement oecuménique naissant. Théologien remarqué, il participe à de nombreuses rencontres qui donneront naissance en 1948 au congrès de l’Alliance réformée mondiale. Il effectue de nombreux voyages en tant que vice-président de la Commission oecuménique de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse. Cette activité internationale qui débute en 1936 se poursuivra jusqu’en 1951. Dans le domaine pastoral, il s’attelle à un gros travail de mise à jour liturgique qui aboutira avec la parution en 1945 de la grande Liturgie. Il est membre du Consistoire en 1948 puis modérateur de la Compagnie des pasteurs (1948-1951).

Malgré toutes ses activités, il reste cependant très proche et soucieux de sa paroisse, notamment de son temple dont il poursuit la restauration :"Je crois sentir que les paroissiens et les habitués de Saint-Gervais me sont reconnaissants d’avoir conçu le nouvel aménagement du choeur de notre vieux temple et mené à chef la réfection des orgues (inaugurées en 1942) puis la pose du vitrail (1944). On me chargea tout naturellement en 1952 de représenter la paroisse au Comité pour les nouveaux vitraux de la chapelle de l’Escalade".

Excellent prédicateur, très pris par ses fonctions officielles, il regrettera néanmoins de n’avoir pas pu accorder suffisamment de temps à sa paroisse qui, dit-il, "n’a pas été défrichée et visitée comme on eût pu le souhaiter et comme j’en avais l’intention lorsque je fus élu à Saint-Gervais".

Secrétaire général de l’Eglise nationale protestante (1959-1966)

Une des tâches marquantes de Max Dominicé va dès lors être le travail de réfection de l’Auditoire de Calvin, symbole de cet oecuménisme qui a traversé sa vie. Il va s’y atteler avec enthousiasme, malgré les difficultés de la tâche. L’ Auditoire de Calvin sera inauguré avec solennité lors du Jubilé de 1959. Max Dominicé prend sa retraite en 1966. Il continue néanmoins de poursuivre la révision de la Constitution de l’Eglise. La maladie le guette et l’affaiblit de plus en plus. Après sept ans de résistance, il nous quittera le 18 novembre 1975.

(Les propos de Max Dominicé sont tirés d’un texte de 1953 intitulé Examen de mon ministère)

"C’était un visionnaire réaliste... Quel réalisateur, ce pasteur ! Il n’était que pasteur, ai-je dit. Mais ce pasteur était historien, homme de sciences, théologien, architecte, urbaniste, journaliste. On reste quelque peu médusé devant tout ce qu’il a réalisé. Comprenez-vous maintenant, frères et soeurs, face à tout ce que Dominicé a fait au cours de son ministère, pourquoi ce pasteur vous est souvent apparu froid, distant, pressé et distrait ? Comment en aurait-il pu être autrement avec une pensée si chargée de travaux et de projets ?" (Pasteur Raynald Martin, 21 novembre 1975).

La personnalité de Max Dominicé a marqué profondément l’histoire de l’Eglise de Genève. Pour preuve, un sondage effectué en 2000 le désigne comme l’un des penseurs et théologiens qui ont le plus marqué le protestantisme au XXe siècle, aux côtés de Karl Barth, Suzanne de Dietrich, Jacques Ellul, Franz J.Leehnardt, Paul Ricoeur...

Actualité de Max Dominicé : de l’Auditoire de Calvin au Musée international de la Réforme

C’est l’Alliance réformée mondiale - dont est alors membre Max Dominicé -, qui décide en 1954 de se charger de la réfection de l’Auditoire de Calvin, bâtiment hautement symbolique et chargé d’histoire, mais dont l’état était devenu très défectueux. Le comité genevois, présidé naturellement par Max Dominicé, est chargé du contrôle des travaux. Commencé en 1956, ces travaux, longs et coûteux, dégageront un site archéologique. La réfection, achevée en 1959, va consacrer l’Auditoire de Calvin en tant que centre réformé mondial. En effet, l’Alliance réformée mondiale avait pris la décision de "créer dans l’Auditoire de Calvin un Centre réformé international, témoignage vivant des activités qui donnèrent à ce bâtiment un rôle primordial dans l’histoire de la Réforme ; lieu de culte pour les langues étrangères établies à Genève ; lieu d’étude et de rencontre pour les chrétiens de diverses dénominations et origines ; lieu de réunion pour le Consistoire de l’Eglise de Genève".

Il était aussi question d’y installer un "Mémorial réformé, exposition permanente illustrant le glorieux passé et le rayonnement actuel des Eglises de la Réforme calvinienne dans le monde". L’Auditoire ne s’y prêtait guère. On se mit à la recherche d’un lieu plus vaste pour mettre en évidence le patrimoine de la Réforme. Ce projet, dont Max Dominicé fut l’initiateur, voit aujourd’hui le jour avec l’ouverture, à deux pas de l’Auditoire, du Musée international de la Réforme, Réforme dont l’imprimerie naissante a permis la rapide diffusion ...

...........................................................

Liens

- sur notre site : La Réforme et l’imprimerie